Juli Zeh, Nouvel An

Juli Zeh, Nouvel An

« Il souffre d’un traumatisme, et d’un grave, n’importe quel psychologue le confirmera. Pendant trente ans, il a vécu sur un réservoir souterrain, sur une grotte, en faisant tout pour ne pas voir le trou qui menaçait de l’engloutir. Au premier palier, il se dit qu’à partir de maintenant, tout va changer. L’abcès est crevé. La lumière est tombée dans les ténèbres, le monstre a fait ses valises et s’en est allé. Henning ne verra jamais la Chose. »

Pendant les vacances de Noël sur l’île de Lanzarote, c’est tout sauf le soleil illuminant les montagnes qui anime le séjour de Henning. C’est le vent, surtout, qui souffle. Henning et sa femme Theresa ont décidé de passer les fêtes sur l’île avec leurs deux jeunes enfants – s’éloigner du quotidien, entre autres. Mais pour Henning, impossible d’échapper aux crises d’angoisse qu’il fait depuis maintenant un certain temps. Crises qui pèsent d’ailleurs sur la famille. Alors qu’il se sent à bout, le premier janvier il loue un vélo et décide de rouler jusqu’au sommet des montagnes. Manquant d’entraînement, il épuise bientôt toutes ses forces et se retrouve en hypoglycémie. Lorsqu’il se réveille de son malaise, une femme, blonde les cheveux attachés en tresse comme le faisait sa mère, s’occupe de lui. Alors qu’elle lui fait une petite visite de la maison, Henning a la vague impression de connaître le lieu. Refoulés au plus profond de lui-même, de traumatisants souvenirs font surface. Henning se trouve face à son passé qui a, visiblement, laissé des traces.

*

Si dans l’ensemble la lecture du roman n’a pas été déplaisante, seule la partie où la narration plonge dans les souvenirs d’enfance de Henning – c’est-à-dire à la source même du traumatisme – m’a paru intéressante. Le début du roman, non pas qu’il soit entièrement inintéressant, est trop long à mon goût, et surtout trop lent. Quoique, lorsque la narration se concentre sur la difficulté pour Henning de pédaler et d’atteindre le sommet de la montagne, les émotions du personnages (angoisse, tension,…) sont plutôt bien transmises. En revanche, il m’a fallu passer les cent premières pages pour enfin savourer la lecture… Et peut-être pourrait-on même se passer de la dernière partie, qui semble mettre un terme au traumatisme comme un coup de baguette magique – liberté du roman certes, mais je n’ai pas été convaincue. Pour moi, le roman ne se tient que sur une centaine de pages, le reste n’est que décor, ne sert que de cadre. J’aurais aimé un roman qui entre en profondeur sur la complexité psychologique de ce personnage (il me semble que l’expérience traumatisante décrite l’aurait permis), que l’angoisse dont Henning est saisie se ressente tout au long du roman, et non pas un texte dans la retenue et la soudaine « révélation » du traumatisme clôturant le récit…

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Nouvel An est paru chez Actes Sud en cette rentrée littéraire, traduit de l’allemand par Rose Labourie.

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