Jérôme Ferrari & Oliver Rohe, A fendre le cœur le plus dur

Jérôme Ferrari & Oliver Rohe, A fendre le cœur le plus dur

« Mais la représentation photographique (sauf en cas de falsification pure et simple), si elle ne duplique pas le réel, en conserve la trace, même malgré elle, quand elle est utilisée à des fins de propagande. […] Le discours peut toujours enfouir les choses sous des couches rhétoriques jusqu’à les faire disparaître entièrement, les images ne peuvent que les montrer, fût-ce partiellement. Elles interdisent qu’on se réfugie plus longtemps dans une confortable abstraction. Sans voir les images, il est difficile, voire impossible, d’imaginer ce que cachent des expressions comme « maintien de la paix » ou « dommages collatéraux ». C’est pourquoi nous pouvons dire à Elizabeth Costello qu’elle a raison : certaines choses ne devraient pas exister. Mais puisqu’elles existent, il n’est peut-être pas plus obscène de prendre en compte leur réalité que de la nier. Ou pour le dire autrement : ces photos sont obscènes, c’est vrai, d’une obscénité telle que rien ne peut la racheter ; et c’est pour cela qu’il faut les montrer. »

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Luc Lang, 11 septembre mon amour

Luc Lang, 11 septembre mon amour

« Ce 11 septembre est encore à peine un événement historique, mais la technique a permis qu’il soit déjà une injonction pour la littérature. […] Et me voici, et nous voici à la même place, dans le même dilemme, devenus des écrivains de l’actualité immédiate, contraints, sommés par le temps présent d’écrire à visage découvert sur ces mêmes questions, à la recherche d’une écriture qui demeure celle de la littérature. Insondable défi de la forme et de la technique des mots. Insondable défi de l’amour. »

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Laurent Mauvignier, Dans la foule

Laurent Mauvignier, Dans la foule

« […] dans l’ombre du tunnel il y a des silhouettes, je suis entré en suivant les policiers qui ont couru, on ne m’a rien dit, on ne m’a pas vu et j’ai entendu celui qui a crié, reculez, reculez, des spectateurs continuaient à sauter, le mur a bougé, c’est certain, le mur tremble, je recule, le mur s’effondre et avec lui on voit des yeux, des visages, des bouches, des épaules et des corps entiers et les premiers visages, le sang et la frayeur sur les visages, mais, est-ce que ce sont encore des visages ou les lambeaux d’une chair effrayée, battue, retournée,

            Mais que se passe-t-il ici, c’est la guerre ici, c’est la guerre, des images d’apocalypse ici »

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