David Dufresne, Dernière Sommation

David Dufresne, Dernière Sommation

« Vicky voulait appeler sa mère, lui raconter ; sa mère refusait de rire à sa mauvaise blague, à son histoire de main arrachée et de perchoir, de République abattue et de mutilation, de sang et de pompiers. La douleur se réveilla à ce moment-là, la sécrétion d’endorphines ne pouvait plus rien, le mécanisme de protection céda – et la mère de Vicky comprit.

On ne jouait plus. »

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Alexandre Labruffe, Chroniques d’une station-service

Alexandre Labruffe, Chroniques d’une station-service

« Dans les films, la station-service est essentielle : c’est souvent la clef, le pivot du récit. Apparaissant dans les premières scènes (Tchao Pantin, Bagdad Café, Paris, Texas, Le plein de super…), la station-service signe le début de l’aventure, des possibles, lance le début de l’histoire. Elle est l’aurore du récit. Son odeur, son cœur, son décor. Au commencement était la station-service. »

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Victor Jestin, La Chaleur

Victor Jestin, La Chaleur

 « Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire, comme les enfants dans les faits divers. Oscar n’était pas un enfant. On ne meurt pas comme cela sans le faire exprès, à dix-sept ans. On se serre le cou pour éprouver quelque chose. Peut-être cherchait-il une nouvelle façon de jouir. Après tout nous étions tous ici pour jouir. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas bougé. Tout en a découlé. »

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Josselin Guillois, Louvre

Josselin Guillois, Louvre

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« Je suis directeur d’un musée, mais maintenir des peintures accrochées aux murs, à la vue de tous, dans un lieu pensé pour exhiber, ça me rend malade, j’ai l’impression qu’elles sont aliénées, les savoir et les voir en parfaite sécurité, dans les meilleures conditions de conservation, ça amoindrit ma passion. Le musée nous pousse à célébrer une toile, et du coup ses trésors c’est comme une tyrannie de l’extase, on crée les conditions despotiques de l’admiration. Une fois entrés dans l’enceinte du Louvre les toiles se transforment en chefs-d’œuvre, elles deviennent des têtes de Méduse, tout est fait pour que le regardeur se trouve pétrifié de terreur et d’éblouissement, ça m’accable. Vous vous pâmerez devant Raphaël, ou vous n’y comprendrez rien : c’est ça que j’entends, c’est ça qu’intime le musée. Donc ce qui arrive en ce moment m’amuse un peu. »

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Laurent Mauvignier, Loin d’eux

Laurent Mauvignier, Loin d’eux

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« Pour le reste on ne sait jamais ce qui se passe vraiment dans la tête des gens, même de nos enfants, parce que leur vie on ne la voit jamais comme elle est en vrai, juste comme devant nous se présentent les apparences qu’elle nous donne. Leur vie aussi avec les mensonges que nous on a, les petites choses qu’on garde tous en soi et qu’on partage parfois avec d’autres personnes que celles avec qui, vraiment, il faudrait parler. En buvant mon café j’ai dit : question de force aussi. Dire ce qu’on a sur le cœur, sans vouloir faire mal, c’est difficile, et peut-être simplement il n’a pas pu à cause  de la peur qu’il avait de vous faire mal, et puis voilà, cette force qu’il n’a pas eue, elle s’est retournée contre lui, et un moment sans doute il n’a rien pu contre elle. »

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Leïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre

Leïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre

 

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« Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Elysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt. Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. »

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