Laurent Mauvignier, Apprendre à finir

Laurent Mauvignier, Apprendre à finir

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« Combien de temps pour comprendre que son corps était guéri, que c’était un corps d’homme et qu’il devait bien avoir l’appétit des hommes. Que je n’étais jamais redevenue sa femme, redevenue une femme, n’importe laquelle, n’importe, mais que j’étais seulement la porteuse de bols, l’odeur de vermicelle, un manteau de laine qu’il n’aimait pas, que j’étais des fleurs dans un vase qu’il m’aurait jeté au visage pour ne plus le voir, ni mes sourires, ni mes demandes, ni mes cheveux qui tombaient dans les yeux pour que lui ne voie pas comment je les baissais – maintenant, puisque plus jamais il ne m’a regardée comme les hommes regardent les femmes. »

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Fanny Taillandier, Par les écrans du monde

Fanny Taillandier, Par les écrans du monde

Fanny Taillandier

« On nous raconte depuis cinquante ans une histoire où les gratte-ciel en acier et les avions au kérosène supportent ensemble notre poursuite du bonheur, dont ils sont à la fois l’outil et l’effet ; c’est grand et beau et prestigieux. Mais voilà que sur nos écrans habituellement dociles les avions percutent tout à coup les gratte-ciel et les détruisent. Comme des cellules cancéreuses, les images recombinent le génome de notre monde en un signal toxique et le propagent à la vitesse de la lumière, nous laissant ébahis devant les téléviseurs. »

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Laurent Mauvignier, Loin d’eux

Laurent Mauvignier, Loin d’eux

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« Pour le reste on ne sait jamais ce qui se passe vraiment dans la tête des gens, même de nos enfants, parce que leur vie on ne la voit jamais comme elle est en vrai, juste comme devant nous se présentent les apparences qu’elle nous donne. Leur vie aussi avec les mensonges que nous on a, les petites choses qu’on garde tous en soi et qu’on partage parfois avec d’autres personnes que celles avec qui, vraiment, il faudrait parler. En buvant mon café j’ai dit : question de force aussi. Dire ce qu’on a sur le cœur, sans vouloir faire mal, c’est difficile, et peut-être simplement il n’a pas pu à cause  de la peur qu’il avait de vous faire mal, et puis voilà, cette force qu’il n’a pas eue, elle s’est retournée contre lui, et un moment sans doute il n’a rien pu contre elle. »

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Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique

Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique

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« Les barrages de la mère dans la plaine, c’était le grand malheur et la grande rigolade à la fois, ça dépendait des jours. C’était la grande rigolade du grand malheur. C’était terrible et c’était marrant. Ça dépendait de quel côté on se plaçait, du côté de la mer qui les avait fichus en l’air, ces barrages, d’un seul coup d’un seul, du côté des crabes qui en avaient fait des passoires, ou au contraire, du côté de ceux qui avaient mis six mois à les construire dans l’oubli total des méfaits pourtant certains de la mer et des crabes. Ce qui était étonnant c’était qu’ils avaient été deux cents à oublier ça en se mettant au travail. »

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Leïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre

Leïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre

 

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« Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Elysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt. Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. »

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Ça Raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard. Prix du roman des étudiants France Culture-Télérama 2019

Ça Raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard. Prix du roman des étudiants France Culture-Télérama 2019

dsc_0626« Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole: S. »

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